Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Suzuki GR 650 (1985). Le charme de la discrétion.

 

 

Depuis mon entrée dans le merveilleux monde de la moto, je n’ai pas dévié d’un principe, celui de la possession d’un seul véhicule à la fois. Autour de moi, j’en connais beaucoup qui, dans leur garage, ont deux, trois voire plusieurs motos. Parfois pour des raisons pratiques, avec un modèle pour la virée dans les chemins, un autre pour des journées sur circuit et le dernier pour les kilomètres du quotidien.

Il existe une autre catégorie, celle des motards qui aiment collectionner, qui se laissent embarquer par ce plaisir d’acheter un modèle atypique, leur rappelant leurs premiers pas dans le milieu. Il y a quelques années, j’en ai rencontré un qui s’est laissé happer par ce besoin irrésistible d’acquérir la moto « qu’il lui faut », pour sa rareté, sa spécificité, parce qu’elle va compléter son début de collection d’un modèle particulier ou tout simplement parce qu’un copain lui en propose une lorsqu’il souhaite s’en débarrasser.

Pour un passionné comme moi, c’est un réel plaisir d’aller voir sa collection en expansion. La dernière fois, cela m’avait en outre permis de prendre le guidon d’une rare Honda  VT 500 Ascot vendue exclusivement sur le sol américain dans les années 80.

 

 

Il y a quelques jours, j’ai profité d’un week-end en Dordogne pour rendre visite à Régis … et à ses nombreuses motos. La météo n’était pas vraiment de la partie avec des pluies diluviennes et les inondations qui vont avec mais nous avons pu profiter d’une accalmie pour quelques tours de roues au guidon d’une moto vendue durant deux courtes années sur le sol français à partir de 1984.

J’avais un très vague souvenir de cette Suzuki GR 650, à priori celui de la lecture d’un seul essai dans Moto Journal de l’époque et je crois n’en avoir jamais croisé une sur ma route, preuve de sa confidentielle diffusion vu mon fort kilométrage annuel.

Régis garde un souvenir ému de cette moto vu qu’il a passé son permis au guidon de cette machine, d’où cet achat coup de coeur. Nostalgie, quand tu nous tiens…

 

Cette Suzuki était dans la lignée des customs qui ont fleuri dans les années 80. La recette était simple, les constructeurs prenaient comme base la routière de la gamme, installaient un guidon relevé, une selle à deux niveaux en veillant à diminuer la hauteur de selle, une gros pneu à l’arrière et, souvent, un réservoir plus esthétique (et plus petit). Honda avait oeuvré ainsi avec la VTC 500 qui avait reçu un bon accueil sur le territoire français.

 

 

Alors, cette GR 650, elle est comment ? Esthétiquement, je la trouve plutôt équilibrée et le coloris à deux tons bleu lui va bien. J’aime la simplicité qui émane de l’ensemble mais aussi ce sentiment de qualité que la moto dégage. Garde boue en acier inoxydable, peinture de qualité,  belle selle, repose-pieds soignés avec un épais caoutchouc, barre de maintien du passager qui inspire confiance et porte bagages en harmonie avec l'ensemble de la moto. Et j’avoue avoir un faible pour le phare rond qui fut longtemps l’unique signature des motos avant que toutes les formes (parfois les pires…) ne soient testées par toutes les marques.

 

 

 

 

 

 

Après un démarrage laborieux (à priori, la moto aurait bien voulu rester avec toues ses copines dans le grand garage froid...), je m’installe dessus. Deux constats immédiats : une selle très accueillante pour le fessier et un guidon « casse poignets » avec sa forme cintrée, une aberration ergonomique d’après moi.

 

 

Après un bon temps de chauffe, le ralenti semble vouloir se stabiliser à un régime convenable ; il est temps de rouler.

 

Les premiers tours de roues sont l’occasion de constater, une fois encore, que les constructeurs japonais savent construire de bonnes motos, et ce depuis quelques décennies. Malgré son âge (date de première immatriculation en 1985), elle se révèle évidente à manier, avec un moteur souple, une boîte de vitesses précise, une partie cycle facile.

 

Je craignais une motorisation rustique mais, au contraire, le bicylindre se montre doux, acceptant les reprises à bas régime sans sourciller. Le sélecteur est net dans son maniement. Je retrouve cette inertie propre aux moteurs anciens comparée à la vivacité parfois un peu trop systématique des motorisations modernes. Je reconnais être sensible à cette particularité qui correspond à mon style de pilotage axé sur la fluidité et la constance. Mais les 50 chevaux se réveillent avec une vigueur amplement suffisante quand je sollicite la poignée de gaz. La limite, mais j’y attendais, c’est la pression du vent qui se manifeste un peu trop quand on atteint les 100 km/h.

 

 

Sur la route sinueuse que nous empruntons, j’apprécie des mises sur l’angle très aisées. Le poids de la moto ne doit pas être très élevé d’après moi. Par contre, quand le revêtement se fait moins lisse, ça dandine un peu au niveau du train arrière. Je profite d’un demi-tour pour régler la précontrainte du ressort (très facile grâce à une molette accessible) ; malheureusement, le résultat n’est pas transcendant, la faute sûrement à un amortisseur d’origine un peu fatigué après 45 000 kilomètres parcourus. Dommage car Suzuki avait opté pour un mono amortisseur avec biellettes (full floater) bien plus efficace que les amortisseurs classiques que l’on trouvait habituellement sur les customs.

 

 

Je me sens bien sur cette moto, avec ce tableau de bord classique (et ses bonnes vieilles aiguilles qui me manquent parfois!). Suzuki, précurseur en la matière, avait mis un indicateur du rapport engagé. J’apprécie le caractère du moteur qui émet un petit grondement sympathique mais sans vibrations intempestives. Il se rapproche d’un gros monocylindre mais avec beaucoup plus de souplesse et une certaine allonge même si je sens qu’il est inutile de monter trop haut en régime (cela tombe bien, ce n’est pas ma tasse de thé).

 

 

 

La position de conduite n’est pas trop typée custom mais, malgré tout, je sens au fil des kilomètres une petit tension au bas du dos (j’y suis particulièrement sensible) et mes poignets n'apprécient que modérément la cassure provoquée par ce guidon peu ergonomique.

 

Le freinage est… correct. Il est clair que des gros progrès ont été réalisés en 40 ans mais, en couplant frein avant et arrière, je parviens à des résultats satisfaisants.

 

 

La maniabilité de la Suzuki est excellente. Je m’en rends compte pendant que Régis s’arrête pour faire le plein de sa Honda en virant serré sur le parking du supermarché entre les voitures. Cette moto doit être comme un poisson dans l’eau en ville avec son moteur docile et cette facilité à virer court.

 

La nuit est proche, l’essai arrive à son terme. Cette moto toute simple m’a montré de belles choses.

 

Elle ne fait que me conforter dans l’idée que rouler à moto ne nécessite pas un gros budget. Il est facile de trouver une machine ancienne fiable pour un prix modique qui permettra de rouler loin et longtemps pour un faible coût d’utilisation. Cette Suzuki en est un exemple mais je sais qu’il y a plein de motos accessibles qui peuvent faire le bonheur de motards désargentés. Bien il leur faudra faire abstraction des derniers équipements mais, pour avoir du plaisir à moto, il suffit d’un moteur sympathique et d’une une partie cycle correcte. Et le plaisir, cela peut être aussi celui de chevaucher une moto différente de celle de la majorité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Moteur
 
4 temps, 2 cylindres en ligne, double arbre à cames en tête, avec balancier d'équilibrage
2 soupapes par cylindre
651 cm³
Alésage x course 77 x 70 mm
Compression 8,7 : 1
Allumage à transistors
Double corps, 2 carburateurs MIKUNI de 36 mm
Carter humide
Refroidissement par air,
Démarreur électrique
Puissance max 50 ch (36.8 kW) à 7200 tr/min
Couple max 51 Nm à 6000 tr/min

 

Transmission
Chaîne à joints coniques
Boîte manuelle à 5 rapports
Embrayage multidisque à bain d'huile

 

Châssis et roues
Cadre tubulaire à double berceau
Suspensions avant télescopique, pneumatique / ressort hélicoïdal, amortie à huile
Suspensions arrière Full-floating, amorti à huile, réglage d'amortisseur à 4 positions et de ressort à 5
Freins avant à disque
Freins arrière à tambour
Pneu avant 100/90-19 57H
Pneu arrière 130/90-16 67H

 

Dimensions
Longueur 2155 mm
Largeur 850 mm
Hauteur de selle 770 mm
Hauteur hors tout 850 mm
Empattement 1430 mm
Angle de chasse 62°30'
Garde au sol 150 mm
Poids 184 kg
Réservoir 12 litres