Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Juillet 1982. La chaleur est suffocante. Un vent venu du sud souffle sur le camping d'Argelès sur mer et amène avec lui un air surchauffé, inquiétant même, alors que la nuit est tombée. A cette heure, la température devrait logiquement baisser mais c'est l'inverse qui se produit. C'est dans ces conditions que nous partons, le lendemain matin, sur le petit CG 125. Nous franchissons la frontière espagnole, le thermomètre bat tous les records et affiche 45 degrés. Par endroit, le goudron a fondu et les camions espagnols Pegaso nous envoient le souffle brûlant et noirâtre de leur pot d'échappement.

  Ce voyage a un goût différent des autres.

D’abord, pour accompagner la petite Varadéro, il y a le Berlingo familial. L’idée de mettre notre petite Manon dans le top case m’a bien effleuré l’esprit, mais la sagesse m’empêcha de franchir le pas… .

Ensuite, je vais partager le guidon avec Marie et donc, pour la première fois, effectuer une partie de voyage au volant d’une voiture. Hé oui, tout arrive !

 

 Au départ, il y a eu une très forte envie de retourner en Iran, magnifique pays avec une population si accueillante. J’avais encore en souvenir les cinq semaines que j’y avais passées en 2002 lors de mon voyage jusqu’au Pakistan et la perspective d’y retourner me remplissait de joie.

Tarbes (22 février 2002)

Il y a d’abord le départ dans la fraîcheur hivernale du matin, après une très courte nuit. Ma Transalp m’attend dans le garage familial, chargée depuis trois jours. Puis, ce sont les adieux toujours difficiles, avec le regard des proches dans lequel on lit toute l’inquiétude que l’on peut éprouver pour la personne que l’on aime et qui part, seule, quatre mois, sur les routes du monde.
Enfin, les premiers tours de roues, la gorge serrée, l’estomac noué.

Pont à Ispahan

 



Cette journée de travail du 7 mai 2013 ne ressemble pas aux autres. Il suffit que je regarde par la fenêtre de mon bureau pour m’en rendre compte. Notre side-car rouge, chargé, avec son pneu de rechange me rappelle, si besoin est, que, dans quelques heures, l’impulsion du pouce sur le bouton de démarreur aura un goût particulier.

 


Devant nous, la Peugeot 504 croule sous le poids de ses innombrables bagages. La pauvre voiture, écrasée par la charge, semble se demander ce qu'il lui arrive. Peu à peu, le hangar se remplit de véhicules aux chargements aussi impressionnants; les vélos côtoient les réfrigérateurs, les cuisinières…. et les tapis. L'ambiance est électrique, un mélange de joie et d'impatience. Le long du quai, à quelques encablures, le ferry attend paisiblement l'envahissement programmé de ces centaines de voyageurs. Le soleil s'élève lentement dans le ciel et Marseille s'embrase. Je contemple notre moto en tenue de baroudeuse, Corinne discute avec nos voisins Tunisiens impatients de revenir au pays. En attendant l'embarquement, nous partageons leur repas dans une ambiance chaleureuse.

Route désertique

 

 

 

Depuis quelques années, j’ai mal au cœur quand des informations concernant l’Algérie me parviennent. Je n’entends que les mots violence, attentat, massacre. J’ai du mal à imaginer que ce magnifique pays qui m’a accueilli à quatre reprises ( 1985, 1988, 1990, 1991) ait pu connaître une telle escalade dans l’horreur. En effet, au cours de mes voyages, j’avais été touché par une gentillesse permanente rare, un respect de l’autre ; il m’est impossible de compter le nombre d’invitations émanant des habitants de ce pays, avec toujours un désintéressement total.
Il y a quelques semaines, j’ai retrouvé, au fond d’un tiroir, le carnet de route d’un voyage réalisé fin 1990. J’ai pensé qu’il était bon de présenter ce pays tel qu’il est réellement et non tel qu’il a été transformé par l’action de barbares minoritaires qui, sous couvert de religion, ont décidé de mettre en place une violence inacceptable.

J’espère qu’à travers ce récit, je parviendrai à vous faire vivre par procuration la beauté de ce pays, beauté de ses fabuleux paysages mais surtout l’extrême gentillesse des Algériens.
J’espère de tout cœur que ce pays aura la force de se relever prochainement.

Arbre du plateau du Fadnoun

 

Les mois qui précèdent le départ d'un voyage sont intenses. On passe de l'excitation à l'angoisse, de l'énervement au rêve, de l'enthousiasme au découragement.

 

France, Tunisie

Jeudi 12 mars 1998 : Une pression sur le démarreur. Le moteur de la Transalp se réveille. Ca y est ! Mon voyage peut commencer. La tension qui avait peu à peu grandi au cours de ces 6 mois de préparation s'évanouit enfin. D'un seul coup, oubliés les formalités sans fin, les petits problèmes mécaniques de dernière minute et le doute qui s'insinuait en moi face à ce voyage en solitaire qui me paraissait soudain inaccessible.

Fenêtre de café en Egypte

L’Albanie. Je me souviens très bien de ce pays que l’on disait interdit aux étrangers. En 1984, en partance pour la Grèce, je l’avais contourné alors que je traversais la Yougoslavie. Il  avait un côté effrayant lorsque l’on songeait aux habitants sous le joug d’un dictateur dont la phobie de l’extérieur était si grande qu’il avait décidé de  fermer son pays au reste du monde.

Bouches de Kotor