Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Huitième partie: Honda CB 500 X, ma petite Africa Twin - Merci l’air-bag!

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Depuis mon entrée dans le merveilleux monde de la moto en 1980, j’ai pu assister à l’évolution de nos deux roues mais aussi des équipements qui leur sont destinés.

Les carburateurs ont peu à peu laissé la place à l’injection, les câbles des poignées de gaz ont disparu, quant aux kicks, cela fait très longtemps maintenant qu’ils sont tombés aux oubliettes ... au grand soulagement de certains, notamment des adeptes du monocylindre de grosse cylindrée; le taux de compression de ce dernier occasionnait parfois de grandes séances de suées ponctuées de jurons bien placés!

Dans le domaine de la sécurité, les freins ont fait d’énormes progrès, les châssis également. Les pneus ont eux aussi progressé de manière importante.

Quant aux casques, ils ont fait l’objet d’une réglementation plus sévère obligeant les fabricants à vendre des "couvre-chef" plus sûrs pour nos têtes bien fragiles.

Et, il y a quelques années, un produit nouveau est arrivé, j’ai nommé l’air-bag. D’abord filaire, avec un câble rattaché à la moto, il se révélait insuffisant à cause d’un temps de réaction trop important. Puis la technologie moderne a permis l’arrivée de nouveaux air-bags beaucoup plus performants.

C’est ainsi que, en 2020, après avoir vu que la Mutuelle des Motards aidait financièrement à l’acquisition d’un air-bag ( 200 euros à sa charge), je me suis décidé à investir dans un tel équipement. C’était la suite logique de la dorsale que j’avais adoptée il y a plusieurs années. Avec 30 000 kilomètres parcourus en moyenne par an, le risque d’accident est réel même si j’essaie d’être toujours vigilant quand je suis au guidon.

Ce 26 juin 2025, cela fait donc environ 150 000 kilomètres que je me suis habitué à enfiler mon gilet air-bag sous ma veste et à le recharger de temps en temps ( 25 heures d’autonomie). Bien sûr, cette couche supplémentaire génère plus de chaleur ce qui est parfois source de transpiration les mois d’été mais ce supplément de sécurité me rassure. Je me dis qu’il peut limiter les dégâts en cas d’accident. Et cela ne m’a jamais poussé à prendre plus de risques sur la route.

Je viens de quitter le village de Donzenac en Corrèze et je me dirige tranquillement vers Bort les Orgues afin de me rendre aux Trail Adventure Days, l’évènement annuel organisé par la revue du même nom.

Avant, j’ai décidé de faire un petit détour par Uzerche, le très beau village où vivaient mes grands parents paternels et où j’ai vécu des moments heureux durant les vacances de mon enfance.

J’arrive à un rond-point désert et j’hésite sur la sortie à emprunter; je ne veux pas m’engager sur l’A20 proche. je décide donc de faire le tour complet pour avoir le temps de lire les panneaux pas assez précis. Peine perdue, je ne suis guère mieux renseigné et j’entame une deuxième boucle.

Boum! Je suis par terre avec une forte douleur à la hanche droite. Je n’ai rien vu arriver, je perçois ma moto qui glisse à coté de moi. Je réalise que je viens d’être fauché par une voiture. Je hurle sous mon casque, plus de rage en comprenant que c’en est fini de ces trois jours tant attendus que de douleur. Celle-ci est pourtant présente au niveau de ma hanche. J’entends plus que je ne vois deux hommes qui viennent prendre de mes nouvelles. J’étouffe sous mon casque et je réalise que ce dernier n’a pas tapé par terre. Je bouge les jambes, je prends conscience que mon corps n’est pas trop atteint, me redresse légèrement et enlève mon Shoei pour retrouver une respiration normale. Une femme s’approche de moi, affolée en répétant, "Je ne vous ai pas vu, je ne vous ai pas vu!" Un des hommes me dit que mon air-bag s’est déclenché, mais je n’en ai aucune conscience. Peu à peu, je réalise que je devrais pouvoir me relever. Je le fais lentement , soulagé de me sentir à peu près en état. Je vois ma moto amenée sur le bord du rond-point, à l’abri dans un coin d’herbe.

Debout, je remue tous mes membres. Il y a plusieurs personnes autour de moi et je les sens attentionnées. Progressivement, je retrouve des couleurs, mentalement parlant. Je m’en tire bien et ma moto que je viens voir semble elle aussi étonnamment peu touchée malgré la violence du choc comme me l’a dit un des témoins. "Vous êtes  parti en l’air avant de lourdement tomber"; la moto a elle aussi droit à son vol plané. Je constate que la voiture a tapé l’arrière droit de la moto et c’est ma vieille sacoche Touratech qui a fait office de rempart. A priori, c’est à l’endroit le plus solide, à la jonction des trois arêtes, en bas de la sacoche que le choc s’est produit.

J’aperçois le Renault Master des pompiers arrivés sur les lieux. Ils  m’annoncent qu’ils sont tous les trois motards. Rien de tel pour me détendre... il en faut parfois très peu! L’un des pompiers discute avec la femme qui a provoqué l’accident; ils semblent se connaître. Je l’entends lui dire qu’elle est sous traitement pour son cancer.

Je rentre dans le fourgon. Ma tension est étonnamment bonne après un tel choc, m’annonce le plus jeune. Je lui rétorque avec un humour dont je ne me sentais pas capable dans de telles circonstances que les motards au long cours sont particulièrement costauds. Un autre pompier est étonné de l’état de la voiture (pneu crevé, aile et porte défoncées) comparé à ma moto en apparence peu touchée.

Je poursuis dans la note "humour" en lui indiquant que face à une Honda, une Renault n’avait aucune chance!

L’ambiance devient non pas détendue, je n’irai pas jusque là, mais la brusque tension que j’ai pu ressentir au moment et juste après l’accident s’est nettement estompée. Comme si je prenais vraiment conscience de ma chance d’être vivant et quasiment pas blessé après un tel choc.

D’ailleurs, pour que la fête soit complète, voilà une jeune gendarme accompagnée de son collègue qui vient aux nouvelles. Ce dernier, après avoir posé quelques questions sur mon identité me demande de souffler dans l’éthylotest. Je lui signale que la date de ma dernière prise de boisson alcoolisée remonte au 14 juillet 1979 et qu’il y a de fortes chances que les vapeurs d’alcool se soient évaporées depuis... 

Mon examen médical s’achève et je demande à aller voir ma moto pour évaluer l’étendue des dégâts. Un pare-mains explosé, le levier de frein cassé mais encore utilisable avec deux doigts, les crash-bars atteints mais ayant joué leur rôle protecteur, ma sacoche ayant "pris de la hauteur" avec la patte de fixation du porte-bagages tordue, le sabot de protection moteur bien amoché (je le soupçonne d’avoir été à l’origine de la crevaison du pneu de la Renault Captur) et le guidon qui parait légèrement tordu. J’appuie sur le bouton de démarreur et le moteur répond présent. Je commence à envisager sérieusement de poursuivre mon périple.... et mon moral remonte instantanément!

Il ne me reste plus qu’à convaincre les pompiers en relation téléphonique avec le médecin des urgences qui voudrait me voir pour des examens... Je les supplie presque de me laisser repartir, leur explique qu’une journée à l’hôpital sera sûrement bien pire pour ma santé mentale, que, hormis, ma douleur à la hanche provoquée par le choc, je me sens parfaitement bien. J’ai la chance d’avoir trois motards avec moi; une petite décharge à signer et je suis libre!

Mais il faut également remplir le constat. La femme responsable est défaite et je tente de la rassurer: "Regardez, je suis vivant, je vais reprendre la route, ma moto va à peu près bien". Je lui propose de remplir le constat car elle est tremblante. Je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’elle est en train de vivre, un combat contre le cancer et cette certitude pendant un instant, m’a-t-elle dit, quand elle m’a vu à terre, qu’elle m’avait ôté la vie.

Sa voiture est montée sur un camion de dépannage et une amie est arrivée pour la ramener chez elle. Nous sommes à coté de ma moto, juste au dessus de la sacoche qui a servi de table pour rédiger la constat. Je la rassure une nouvelle fois. Et, sous une impulsion soudaine, j’ouvre le couvercle de ma Touratech et j’attrape mon roman . Je lui remets entre les mains. elle ne comprend pas vraiment puis me dit " C’est vous qui l’avez écrit?". Je fais un signe de la tête et une pensée me traverse, lui dire que, comme pénitence, elle va devoir le lire. Mais, je ne pense pas que cette touche d’humour aurait vraiment sa place à cet instant...

J’emporte très souvent un exemplaire de mon roman quand je pars en voyage. Je me dis que je pourrai l’offrir en cas de belle rencontre. Et, soudain, il m’est paru comme une évidence que cet accident en était une. J’aurais pu être gravement blessé, ma sacoche a fait rempart et a sauvé ma jambe de gros dommages, mon air-bag a limité la violence de l’impact quand je suis retombé au sol. Au lieu de me lamenter, mon esprit a décidé de voir le coté positif de la chose. Et une telle réaction venant de ma part, je ne l’aurais pas crue possible!

Au moment de quitter cette femme encore sous le choc, l’émotion me gagne et je l’embrasse sur les deux joues.

Je la regarde s’éloigner.

La jeune gendarme vient alors me voir en me parlant de la dépanneuse qui va devoir chercher ma moto. Elle a entendu dire que mes freins étaient HS. Je l’emmène près de ma Honda et lui explique que seul le levier est cassé, que je peux freiner avec deux doigts , que j’ai effectué plus d’un million de kilomètres sur deux roues, que je suis très prudent, que Brive est à 15 kilomètres d’ici et que le concessionnaire Honda pourra me remplacer mon levier, que je pourrai ainsi poursuivre ma virée. Ma détermination est totale et j’arrive à la convaincre mais, malgré tout inquiète, elle me propose de m’accompagner jusqu’à la concession. C’est ainsi que je suis escorté par la Peugeot 5008 de la gendarmerie nationale. Cette touchante attention finit de rehausser mon moral au point que j’en oublierais presque ma hanche douloureuse et une cote qui, elle aussi, me signale qu’elle a pris un beau choc, même s’il a été limité par le précieux coussin protecteur de mon air-bag.

Au final, je repars de la concession sans aucun levier, Honda ayant eu la mauvaise idée de changer cet élément sur sa gamme. Le sympathique mécano a eu beau chercher sur toutes les motos présentes, aucun levier n’était compatible. Mais son extrême gentillesse a fini de me requinquer et c’est le coeur léger que je reprends la route encore plus prudemment que d’habitude pour deux petites heures de route jusqu’à Champs sur Tarentaine.

J’ai commencé la moto fin août 1980 et il m’aura donc fallu 45 ans et plus d’un million de kilomètres pour connaître mon premier accident. Une heure avant, j’ai croisé un motard en Honda 1800 Gold Wing. Il roulait en short et tee-shirt... Depuis des années, outre mon air-bag, je porte systématiquement mon sur-pantalon (avec coque protectrice des genoux et tibias). Il est vrai que, parfois, sous les fortes chaleurs, je souffre un peu. Mais cet accident m’a conforté dans mon choix. On est fragile sur une moto. Et le fait de m’en être tiré à bon compte m’a en outre fait encore plus ressentir le bonheur de rouler à moto. Mon plaisir déjà immense a pris encore un peu plus d’intensité depuis ce jour.

Demain, j’ai rendez-vous chez mon concessionnaire pour la remise en état de ma Honda. Elle n’a que 175 700 kilomètres, il aurait été dommage que sa carrière d’infatigable moto s’arrête là!

Elle a en tout cas passé avec succès l’épreuve du crash-test!

 

PS: en analysant mon accident, il a confirmé que les ronds-points pouvaient être des endroits à risque. J’y suis particulièrement vigilant. Mais, ce jour-là, je me suis retrouvé dans un endroit désert et j’étais concentré sur la bonne sortie à emprunter pour poursuivre ma route. Je me contentais de refaire un tour de ce rond-point collé au centre de ce dernier. En allant voir une photo aérienne de l’endroit sur Google maps, il est en outre clair que la ligne droite pour le franchir est presque naturelle pour l’automobiliste qui veut prendre la sortie en face. C’est ce qui s’est passé, la femme a tiré tout droit parce que, pour une raison que j’ignore (grand stress, fatigue...), elle n’a vu aucun véhicule sur sa trajectoire. C’est le choc qui le lui a révélé et elle n’a donc pas ralenti ou freiné avant l’impact. Vu les circonstances de l’accident, je peux dire que j’ai eu beaucoup de chance ce jour-là...

 

 

 

 

Et, grâce à mon air-bag (et à la solidité de ma Honda ... et de ma vieille sacoche Touratech!), j’ai pu poursuivre ma route et passer trois belles journées à Champs sur Tarentaine où se déroulaient les Trail Adventure Days.