Quelques semaines avant l'évènement annuel consacré au voyage à moto (Alpes Aventure Moto Festival) se déroulant à Barcelonnette, j'étais allé voir les possibilités d'inscription aux essais des constructeurs présents. L'affaire paraissait mal engagé avec peu de motos disponibles; à priori, les sites des constructeurs avaient été pris d'assaut.
J'avais noté la disponibilité d'une moto correspondant à ce que je recherche, un trail de 500 cm3 équivalent de ma fidèle CB 500 X, l'occasion rêvée de comparer les deux motos.
Cette moto, c'est la Kove 510 X.

Avant d'aller plus loin, il me faut apporter quelques précisions. Depuis le mois de mars 2025, MB Motor France est chargé en France de la distribution des Kove et des Macbor. J'en vois déjà certains qui s'interrogent: "c'est quoi, Macbor?". Rassurez-vous, je me suis posé la même question quand j'ai découvert l'an dernier au salon Eicma à Milan les motos de ce constructeur espagnol.
Deuxième point surprenant, c'est de constater qu'entre la Macbor du salon et la Kove présente à Barcelonnette, la différence se situe au niveau des coloris, de quelques détails cosmétiques et du nom apposé sur le réservoir... Bref, on a, comme cela devient trop systématiquement la règle, une marque européenne qui se contente d'aller faire son marché en Chine.

L'avantage de cette dualité est que le motard pourra acheter une moto chinoise (Kove) ou espagnole (Macbor) en fonction de ses aspirations...
Je vais laisser de coté ses considérations industrialo-économico-mondialo motocyclistes pour aborder le sujet de cet article: "Alors, elle est comment cette Kove 510 X?".
Esthétiquement, je la trouve un peu surchargée à l'avant, comme beaucoup de motos chinoises avec ce sempiternel et imposant bec de canard censé évoquer le trail.

Une fois installé, je constate une hauteur de selle raisonnable, équivalente à celle de ma CB 500 X, malgré des débattements de suspensions élevés. C'est là aussi une tendance chez les constructeurs chinois, de proposer une selle creusée permettant de poser aisément les pieds à terre avec une contrepartie, des jambes pliées et un guidon comparativement placé assez haut.

Pression sur le démarreur. Le bicylindre se réveille dans un bruit contenu.

Nous quittons le parc municipal de Barcelonnette. Les premiers tours de roues dans la ville révèlent tout de suite le défaut de cette moto. Aucune fluidité en montant les rapports, il y a systématiquement un à-coup important particulièrement désagréable. J'ai beau m'appliquer, je n'arrive pas à instiller une continuité et, pour tout dire, c'est pour moi quelque chose d'insupportable au quotidien. J'essaie de nombreuses motos et chacune révèle des caractéristiques propres, mais c'est la première fois que je constate un tel caractère, je dirai plutôt un tel défaut aussi criant. Pour moi qui suis si sensible à la douceur mécanique, c'est rédhibitoire.
L'ouvreur entame le parcours par une petite route longeant la rivière Ubaye. Un kilomètre au revêtement particulièrement défoncé. Un bon endroit pour vérifier les qualités de ses suspensions aux débattements confortables (196 mm à l'avant, 210 mm à l'arrière). Pas de chance pour cette Kove, la moto réagit très mal aux cassures avec des coups de raquette brutaux qui m'obligent à me relever de la selle. L'amortisseur renvoie violemment des chocs à mon dos malmené. Difficile de croire qu'il y a autant de débattements...
Nous retrouvons une route moins agressive et sinueuse, comme je les aime, l'occasion de vérifier les qualités de la partie cycle.Elle est saine, la moto se montre enfin sous un meilleur jour. Droite, gauche, les changements d'angle sont naturels, aisés, le châssis est sain bien aidé par les pneus Metzeler Tourance équipant le moto et les freins répondent bien. Malheureusement, cette rigueur de comportement disparaît avec l'arrivée d'inégalités dans le revêtement. La sécheresse des suspensions, essentiellement l'amortisseur arrière met à mal la confiance que je commençais à avoir dans cette partie cycle. La dernière fois que j'avais eu ce sentiment d'inconfort malmenant mon corps et ma sérénité, c'était au guidon d'une Ducati Mostro 900 il y a bien longtemps...

Abordons le sujet mécanique. Malheureusement, outre cette rudesse excessive de la transmission m'empêchant des passages doux et rapides des vitesses, malgré mes efforts, il y a ce bicylindre aux caractéristiques proches de celles de ma Honda CB 500 X mais qui est en train de me montrer sa faiblesse, un manque de couple évident à bas régime. La comparaison est cruelle car le moteur de la Kove commence vraiment à se réveiller vers 5000-5500 tours/minute! En dessous, c'est le calme plat. Et au dessus, ça commence à vibrer.

Inutile de vous faire un dessin, je ne prends aucun plaisir sur cette Kove qui cumule tous les défauts que je ne veux pas trouver sur une moto.
Entre une présentation séduisante (bonne finition, équipement fourni avec le sabot de protection en aluminium, les pare-mains, la béquille centrale, les crash-bars, réservoir à grande contenance de 20 litres, suspensions à grands débattements prometteuses) et les sensations de conduite, il y a comme un grand écart d'autant plus surprenant.









Autant j'avais trouvé sa grande soeur, la Kove Adventure 800 X Pro, homogène et équilibrée, malgré certains défauts, autant je considère cette 510 X inaboutie. Son moteur est à mille lieux de celui de ma Honda et, en plus, il faut composer avec une transmission très sèche. Je trouve étonnant de proposer sur le marché une moto à ce point imparfaite.
Au retour de l'essai, l'ouvreur demande mon avis. En ce qui concerne les suspensions, il m'indique que l'amortisseur a été réglé pour son poids supérieur au mien... J'ai du mal à croire qu'un nouveau réglage pourrait donner un résultat au top quand on part de si loin.
Bref, ce fut la douche froide avec cette Kove 510 X!
PS: avec l'habitude, je parviens à estimer grosso modo les débattements des suspensions en examinant un trail. La Kove 510 X est l'exception. Vue de profil, elle me donne l'impression d'un trail plutôt routier aux débattements mesurés. Après cet essai au cours duquel j'ai constaté les piètres performances de ces suspensions, j'ai eu un doute sur la réalité des débattements annoncés. je viens de vérifier la fiche technique de la Macbor Montana XR5 510 qui est donc sa soeur jumelle et les mêmes chiffres y apparaissent. Le doute est levé. Ce sont peut-être les proportions spécifiques de la moto qui m'ont induit en erreur.
Caractéristiques techniques
Moteur: Bicylindre, 4 temps, 8 soupapes, double arbre à cames en tête
Cylindrée: 498,4 cm3
Alésage x course (mm): 72 x 61,2
Taux de compression: 10.5:1
Alimentation: Injection électronique Bosch ( 2 modes Eco/Sport)
Refroidissement liquide
Allumage électronique Bosch
Puissance: 46,9 chevaux à 8500 tours/minute
Couple maxi: 45 Nm à 7000 tours/minute
Boîte de vitesses manuelle à 6 rapports
Suspension avant: fourche inversée KYB 41 mm Débattement: 196 mm
Suspension arrière: mono-amortisseur KYB. Multi réglages (précharge, compression,extension) Débattement: 210 mm
Frein avant: Double disques Ø 298 mm avec étrier Nissin à double pistons
Frein arrière: Disque Ø 240 mm avec étrier Nissin à simple piston
Système ABS: 3 modes: ON/OFF/Roue avant uniquement
Dimensions (longueur x largeur x hauteur): 2 200 x 935 x 1 400 mm
Garde au sol: 211 mm
Empattement: 1 479 mm
Hauteur de selle: 841 mm
Poids à vide: 178 kg
Réservoir: 20 litres
Prix: 6499 euros