Cela sonnait comme une évidence. Ma Honda 125 qui se languissait depuis trois ans au fond du garage familial était la moto idéale pour réaliser le projet de voyage naissant.

J'avais en tête les difficultés rencontrées sur les portions de piste empruntées au guidon de notre Honda VTE 500. Une moto légère et facile à piloter, voilà ce qu'il nous fallait. De toute façon, ma passagère ne possédait pas le permis, ce qui limitait le choix de notre monture. Car il était hors de question de poursuivre l'expérience en duo. L'Afrique noire allait nous réserver des difficultés que nous ne pouvions affronter que seuls, chacun sur sa moto.
Convaincu par la justesse de mon choix, je m'engouffrai alors dans une voie dont personne n'aurait pu me détourner. Autour de moi, j'ai parfois senti la perplexité, certains osant parfois l'exprimer ouvertement. Mais, j'y opposais des arguments imparables. Cette petite Honda avait été conçue par le constructeur japonais pour les pays en voie de développement comme on les nommait à l'époque. Elle était même fabriquée au Nigéria, ce qui nous permettrait de trouver de la pièce détachée facilement en cas de problème.
La base était saine, il suffisait simplement de l'améliorer et l'adapter aux conditions que nous allions rencontrer. Piètre mécanicien, je m'attelai donc à la tâche. Avec du carton, je fabriquai un prototype du réservoir qui allait prendre la place de celui d'origine. La longue traversée du désert du Tanezrouft nécessitait en effet 900 kilomètres d'autonomie et la faible consommation du petit monocylindre était un nouvel argument imparable justifiant mon choix. Quelques baguettes de bois servirent quant à elles à fabriquer ce qui allait ressembler à un porte bagages grand format.
La machine était lancée et je me projetais déjà vers les future étapes désertiques, pensais avec une certaine fébrilité à notre entrée dans la ville mythique de Tombouctou, au bivouac au pied de l'Arbre du Ténéré, aux étendues du sud algérien entre Tamanrasset et Djanet. Dans la foulée, une deuxième Honda CG 125 d'occasion fut achetée. L'impatience me gagnait et je restais hermétique au doute qui s'installait dans mon entourage. Pour un peu, j'aurais pu argumenter que nous avions la moto parfaite pour un tel voyage et il n'y avait aucune mauvaise foi de ma part, juste une profonde conviction.
A partir de là, il n'y avait plus qu'à franchir un à un les obstacles qui se dressaient devant nous au fur et à mesure de l'avancement du projet. Une année pour les vaccinations obligatoires, les demandes de visa, la recherche de l'artisan acceptant de fabriquer deux exemplaires de mes prototypes de réservoir et de porte bagages, la révision des motos. Et cette journée mémorable, entre Noël et le 1er de l'an où nous avons quitté la ville de Tarbes au guidon de nos 125 en version « africaine ».
Dans mon esprit, avec la préparation adéquate réalisée, nous étions au guidon de ce qui se faisait de mieux pour un tel voyage en terre africaine…
Les discussions entre motards sur la monture idéale pour partir en voyage peuvent être animées. Entre ceux qui privilégient le confort et la facilité de chargement et ceux qui lorgnent plutôt sur la légèreté et la simplicité, il est difficile de faire son choix. Bien sûr, il y a eu une évolution au fil des années avec l'arrivée sur le marché des trails dont la polyvalence a changé la donne car c'est ce que l'on demande à une moto destinée à parcourir le monde, une faculté d'adaptation aux différents terrains qu'elle va devoir parcourir.
Je dois avouer n'avoir jamais vraiment réfléchi au sujet lorsque des envies de virées lointaines naissaient dans ma tête. J'ai opté tout naturellement pour celle qui partageait mon quotidien. Et après des modifications mineures (un morceau de pneu de tracteur faisant office de sabot de protection et des soufflets de fourche sur ma Honda VTE 500 pour affronter les pistes du sud de l'Algérie) ou la préparation plus poussée décrite dans cette brève, je suis à chaque fois parti en voyage au guidon de la monture que je connaissais le mieux.
Est-ce le choix de la raison ? Avec le recul, j'en doute, mais celui du coeur assurément !
