Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

CF Moto MT 450. La petite Ténéré?

 

 

Il y a un an, j'avais pu brièvement essayer le nouveau petit trail de la marque chinoise la mieux implantée sur le territoire français. Elle m'avait montré de réelles qualités, mais aussi quelques défauts et cette prise de contact m'avait laissé un peu sur ma faim, avec le sentiment qu'il m'aurait fallu plus de temps pour avoir une opinion bien arrêtée.

Ce jeudi 16 octobre 2025 va me permettre de pouvoir enfin me rassasier puisque Florin, le concessionnaire de Bike Avenue à Lons me laisse la moto pour plusieurs heures.

Cela va être également l'occasion de comparer cette MT 450 avec ma moto personnelle puisqu'elles sont directement concurrentes. Cylindrée quasi similaire (471 cm3 pour la Honda contre 449 cm3 pour la CF Moto, 5,5 chevaux de plus et 3 kilos de moins pour la CB 500 X). Mais les deux constructeurs ont opté pour une interprétation différente avec une orientation tout-terrain affirmée pour la dernière venue (débattements des suspensions de 200 mm roues à rayons).

 

 

A 9 heures, c'est le brouillard qui m'accueille lorsque je gare ma moto sur le parking de la concession, mais je sens que le soleil n'est pas bien loin.

Après la MT 700 et LA MT 800, c'est la petite dernière que je vais pouvoir tester et mon intérêt est grand. En effet, j'ai définitivement adopté les motos "raisonnables" tant par leur gabarit et leur poids que par leur cylindrée et puissance. Je sais que, dorénavant, les constructeurs sont capables de proposer des machines avec des motorisations modestes en cylindrée mais par pour autant amorphes.

La première impression en détaillant la moto est bonne. Il se dégage de l'esthétique de la MT 450 un dynamisme bienvenu, une certaine légèreté dans les lignes simples et harmonieuses. On s'éloigne de la lourdeur esthétique que je reproche parfois à certaines motos chinoises. Ici, aucun bec de canard!

 

 

La bonne nouvelle c'est que les grands débattements des suspensions ne s'accompagnent pas pour autant d'une hauteur de selle élevée. C'est d'ailleurs la signature des constructeurs chinois qui proposent très souvent des motos avec la selle du pilote bien creusée pour rapprocher ce dernier du sol, avec parfois comme conséquence des jambes un peu repliées.

 

 

J'enfourche la moto. Effectivement, j'ai les bottes qui reposent sur le sol, quasiment à plat. Au démarrage, le moteur montre tout de suite un certain caractère avec un bruit rauque s'échappant du pot d'échappement. Rien à voir avec le bicylindre de la MT 700 essayée il y a quelques jours dérivé de celui de la Kawasaki ER6 de 2005. Ici, c'est une toute nouvelle mécanique conçue par le constructeur CF Moto avec un calage à 270 degrés qui devient la norme depuis quelques années.

 

 

J'actionne le levier d'embrayage très doux et passe la première.C'est parti sur un filet de gaz pour laisser la mécanique monter en température. J'ai hâte de vérifier si  la perfectible connexion poignée de gaz-injection constatée l'an dernier est toujours présente. C'est malheureusement toujours le cas, même si le phénomène me parait atténué.  Mais comme il se manifeste essentiellement à bas régime, je le ressens alors que je m'insère dans la circulation avant de pouvoir goûter à l'itinéraire hors des sentiers battus que j'ai concocté ce matin.

La position de conduite est agréable avec un large guidon que j'ai bien en main. Le levier de frein est un peu éloigné mais il existe un réglage que je m'empresse d'utiliser. La moto est fine et je me sens bien installé. 

La route de la Vallée heureuse sur laquelle nous bifurquons (je suis accompagné par Bruno, un ami sur sa Transalp 750) dévoile  immédiatement une des grandes qualités de la moto, sa facilité à être menée. J'enchaîne les virages avec une MT 450 qui prend de l'angle naturellement; la partie cycle montre de réelles dispositions à fréquenter les routes parsemées de virages. Cela promet pour la suite de la virée...

Le moteur est lui aussi de la partie. Très présent acoustiquement parlant même si je porte des bouchons d'oreilles, il réagit promptement à la moindre sollicitation de la poignée de gaz. Il a un coté "joyeux", ce bicylindre et le maniement du sélecteur précis et rapide complète efficacement cette mécanique volontaire.

Dans la montée de la route de Pietat qui suit, je me sens d'emblée en confiance avec un train avant sécurisant. Lors des mises sur l'angle, je sens un peu moins de vivacité que sur ma moto que je mets sur le compte de la roue avant de 21 pouces et de l'arrière de 18 pouces. Mais la moto reste agile et j'apprécie particulièrement ce toucher de route du train avant. Le vrombissement du moteur est incitatif et j'ai déjà envie de mettre du rythme dans ma conduite, ce qui est le signe d'une moto bien née. Le châssis est réussi, je n'ai pas besoin de rouler plus longtemps pour le savoir. La moto montre une agilité certaine et se laisse guider d'une légère impulsion sur le large guidon; elle semble prête à affronter l'itinéraire sinueux que je lui réserve car elle montre en outre une faculté à accepter l'improvisation, les changements d'angle impromptus.

Nous rentrons dans Nay, l'occasion pour moi de tester la souplesse du moteur. 50 km/h en 6ième sans souci, voilà une bonne nouvelle mais je dois préciser qu'à cette vitesse, le régime est proche de 3000 tours/minute... Voilà un sujet à aborder: elle tire très court, cette moto. Je l'avais déjà constaté et j'en ai la confirmation aujourd'hui. 70 km/h à 4000 tours/minute, 85 km/h à 5000 tours/minute; C'est 103 km/h au même régime sur ma CB 500 X (et même 110 km/h depuis que j'ai installé un pignon de sortie de boîte avec une dent supplémentaire). Pour autant, le bicylindre ne donne pas l'impression de tourner trop vite; c'est même assez troublant car, sur le dernier rapport, j'ai même le sentiment qu'il tire long, avec un relâcher des gaz générant une absence totale de frein moteur; mais la lecture du compte-tours contredit ce sentiment.

 

 

Entre cette moto et la mienne, il y a deux conceptions totalement différentes, voire opposées. Et cela se confirme alors que j'attaque la montée du col du Soulor après Ferrières. J'ai grimpé ce col des dizaines de fois, j'adore ce tronçon de route, varié, avec des virages multiples, une partie boisée, puis une ouverture sur les montagnes environnantes. Je crois ne m'être jamais ennuyé dans cette montée; au contraire, j'ai toujours éprouvé une jouissance à y peaufiner mon pilotage d'autant qu'elle est peu fréquentée. Aujourd'hui, elle a le goût de l'automne naissant avec une végétation qui laisse le brun et le roux prendre la suite du vert. Sous le soleil matinal, c'est un cadeau du ciel.

 

 

 

Dès la sortie du village, j'entame ma rythmique favorite, celle qui marie fluidité et dynamisme dans le pilotage. J'y mets la même intensité que d'habitude. Mes vitesses de passage en virage sont peu ou prou celles que j'ai avec ma Honda personnelle mais il y a une différence énorme, c'est au niveau des régimes du moteur. Sur ma Honda, je passe les rapports à 4000 tours/minute environ; sur la CF Moto, c'est à 5500-6000 tours/minute que cela se passe. Le ressenti est vraiment différent entre une moto coupleuse, avec un coté "tracteur" et une moto au moteur vif, aidé en cela par une conception moderne et une architecture privilégiant cette manière de se comporter mais aussi par cette démultiplication courte. A cela s'ajoute un bruit beaucoup plus prononcé (mais très agréable à l'écoute) qui s'échappe du pot d'échappement de la MT 450 ce que me confirme Bruno aux premières loges derrière moi...

 

 

Mais le résultat est le même: je me régale. Sur cette CF Moto, je peux compter sur ce train avant exemplaire très rassurant et mes mises sur l'angle sont volontaires et sereines. Quel que soit l'angle du virage, je me sens à l'aise y compris dans les épingles parfois délicates à négocier. La partie cycle de la MT 450 est à donner en exemple. Quant aux pneus, ils se font oublier et participent à instaurer cette douce sensation de sécurité.

 

 

 

Je n'ai pas encore abordé le sujet suspensions. Globalement, elles sont correctes. Je trouvais la fourche un peu ferme et j'ai diminué le frein à la compression avec mon tournevis. Il y a en effet possibilité d'intervenir rapidement pour modifier les réglages en détente et en compression. Les 200 mm de débattement assurent leur travail mais, sur les cassures nettes, ça "tape" un peu. Pour résumer, la plupart du temps, l'amortissement est plutôt satisfaisant. Pour celles et ceux qui, contrairement à moi, ne fréquentent pas les routes les plus défoncées parfois, la satisfaction devrait être de mise. A noter que la fourche plonge modérément au freinage et cela permet de participer à l'équilibre général de la moto.

 

 

 

Quant aux freins, il y a le disque avant qui est très progressif mais manque un peu de mordant avec une course du levier que je souhaiterais plus réduite. Mais il est secondé par un frein arrière réactif sous l'impulsion de la botte.

 

 

La descente du col du Soulor jusqu'à Argelès-Gazost se fait à un rythme soutenu mais toujours fluide avec une moto en phase avec son pilote. Ce dernier aimerait juste une transmission plus douce, plus "ajustée". Il faut dire que c'est ma marotte, cet aspect technique sur une moto. J'ai une extrême sensibilité à ce niveau et le passage des vitesses de la manière la plus onctueuse ainsi qu'une parfaite connexion entre la poignée de gaz et les réactions du moteur participent grandement au plaisir que j'éprouve au guidon. Et c'est un peu ce qui me manque sur cette MT 450. Pas de problème quand on met un certain rythme dans son pilotage mais, dès que l'on passe en mode "apaisé", il y a ce petit à-coup au relâcher et à la reprise des gaz. C'est un domaine parfaitement maîtrisé par les constructeurs japonais mais les Chinois n'ont pas encore réussi à parvenir à ce niveau d'excellence. Peut-être que certains y seront moins sensibles que moi.

 

 

Les arrêts photos se succèdent avec de fréquents demi-tours qui montrent un rayon de braquage moyen pour un trail. Dommage.

Après Argelès Gazost, nous rejoignons la petite route menant à Germs sur l'Oussouet, encore un tronçon dédié au plaisir motocycliste.

Avant cela, il y a quelques kilomètres un peu plus roulants me permettant de confirmer la démultiplication vraiment trop courte de la moto. C'est simple, à 7000 tours/minute, la MT 450 ne roule qu'à 119 km/h et, à 130 km/h, le compte-tours flirte avec les 8000 tours/minute. La zone rouge est 500 tours plus haut... Autoroute à proscrire à son guidon! Je suis certain que le moteur suffisamment coupleux supporterait sans problème un pignon de sortie de boîte d'une dent supplémentaire pour diminuer ce régime moteur et c'est une opération peu coûteuse que j'effectuerais si j'étais propriétaire d'une telle moto.

La route se faufile en suivant les sinuosités de la rivière Le Neez et je me sens comme un poisson dans l'eau au guidon de la MT 450. Elle se laisse guider sans aucun effort, permet les changements de trajectoire rapides si un obstacle survient et j'aime particulièrement le toucher de route du train avant. C'est simple, depuis le départ, je me sens en maîtrise totale ce qui est la preuve des qualités routières de la moto. Le moteur répond présent à la moindre sollicitation de la poignée de gaz sans nécessité de descendre un rapport.

Pour ceux qui maîtrisent l'exercice, sachez que les passages des vitesses à la volée permettent un passage plus rapide et plus doux des vitesses.

 

 

De Germs sur l'Oussouet à Labassère, la route se fait étroite et piégeuse parfois, l'occasion d'apprécier une fois de plus l'équilibre du châssis de la moto.

Après Bagnères de Bigorre, nous empruntons la route du col d'Aspin. Après les virages les plus serrés que nous venons de parcourir, ce sont des courbes plus ouvertes qui s'offrent à nous et la vitesse augmente. Les véhicules plus lents sont dépassés et, avec cette démultiplication courte, c'est effectué en 6ième sans avoir à rétrograder. Le bicylindre est bien rempli, sans vibrations, en donnant le sentiment d'une plus forte cylindrée ... à condition de ne pas regarder les régimes affichés sur le compte-tours. 

A Payolle, nous nous dirigeons vers la Hourquette d'Ancizan, itinéraire paisible que j'apprécie particulièrement. Nous ne pouvons malheureusement pas basculer vers la vallée d'Aure car des travaux sont en cours. Cela tombe bien en définitive car l'heure tourne et il va falloir songer à ramener la moto à son propriétaire.

 

 

Le retour sur Tarbes puis Pau se fait "dare-dare" et j'apprécie la réactivité du moteur pour effectuer des dépassements rapides. Le pare-brise en position haute offre ce qu'il annonçait au départ avec sa taille réduite, une protection juste moyenne. Une bulle haute est proposée par le constructeur (109 euros).

 

 

La traversée de Soumoulou derrière un camion en 3ième entre 2000 et 3000 tours/minute met en exergue cette connexion perfectible poignée de gaz-injection, avec le petit à-coup au relâcher et à la remise de gaz. Elle s'était faite oublier en rythme soutenu mais se rappelle à mon bon souvenir dans cet exercice citadin.

La balade se termine.

Le bilan de cet essai de 240 kilomètres est positif. Cette moto est bien née. Homogène, avec une partie cycle excellente et un moteur agréable et plein de vie. Le reproche que je lui ferais est une présence sonore trop prononcée même si elle est très agréable. De même, cette démultiplication me parait vraiment trop courte, générant des régimes élevés. Est-ce que cela a des conséquences sur la consommation? L'ordinateur de bord indiquait 3,9 litres/100 pendant ces 240 kilomètres (pour comparaison, dans les mêmes conditions, ma CB 500 X aurait consommé environ 1 litre de moins).

CF Moto devrait se pencher sur les réglages de l'injection qui mériteraient d'être peaufinés, ajustés pour offrir une fluidité qui m'a un peu manqué dans certaines conditions. Afin de parvenir à un résultat se rapprochant de ce que j'apprécie au quotidien sur ma moto personnelle...

Quant aux capacités en tout-terrain, ne vous fiez pas aux photos prises sur un chemin. Ma position est claire, une moto de 198 kilos n'est pas destinée à effectuer du off-road. On nous vend à toutes les sauces le trail tout terrain dans les publicités des constructeurs et dans certains essais de la presse. La réalité est tout autre; la quasi totalité des possesseurs de trails que je croise utilise exclusivement sa moto sur route, quitte à emprunter ponctuellement un chemin roulant. Je trouve d'ailleurs dommage que le garde-boue de la MT 450 soit en position haute; je n'ose imaginer les projections d'eau en cas de conduite sous la pluie...

 

Au delà d'une meilleure connaissance de cette MT 450, ce deuxième essai m'aura confirmé une chose: un trail muni d'un bicylindre de 450-500 cm3 constitue la moto se rapprochant le plus de mon idéal.

Poids raisonnable, prix modéré, faible consommation allant de pair avec un réel plaisir quand on est au guidon d'une telle machine. Parce qu'il y a suffisamment de chevaux mais aussi de couple, parce qu'ils sont toujours utilisables quelles que soient les conditions.

Les revues dédiées à la moto n'abordent jamais ce sujet mais mon expérience personnelle après plus d'un million de kilomètres sur deux roues m'a clairement montré qu'il était quasiment impossible d'utiliser toute la puissance de beaucoup de motos. On sait qu'elle est disponible mais aussi que l'on ne pourra jamais s'en servir, un peu comme si l'on commandait un plat pantagruélique en sachant pertinemment que l'on ne pourra en manger qu'une petite partie.

Le plaisir du trail modeste tel celui que j'ai la chance de côtoyer depuis 6 ans, c'est que l'on est certain de pouvoir profiter de toutes ses ressources et ce sans jamais se mettre en danger parce qu'il est à tout moment exploitable . Et il y a un immense bien-être de sentir une telle symbiose avec sa moto. Les quelques heures passées au guidon de la MT 450 m'ont conforté dans ce sentiment ancré en moi.

 

 

Caractéristiques techniques

Type bicylindre 4T, refroidissement par eau, simple ACT, 4 soupapes
 
Alésage x Course 77 x 55,2 mm
Cylindrée 449 cm3
 
 
 
 
Puissance  42 CV à 8500 tr/min
 
Couple  44 Nm à 6500 tr/min
 
 
 
Alimentation injection
 
Mise en route démarreur électrique
 
 
Transmission 6 rapports, chaîne
 
Cadre / Châssis Tubulaire en acier
 
Suspension avant fourche inversée, 41 mm, réglable en précharge et détente, débattement 200mm
 
Suspension arrière mono amortisseur central, réglable en compression et détente, débattement 200mm
 
Type de freinage ABS
Frein avant 1 disque, diamètre 320 mm
 
Frein arrière disque, diamètre 240 mm
 
 
 
 
Pneu avant 90/90 x 21
 
Pneu arrière 140/70 x 18
Poids 175 kg (198 kg avec les pleins)
 
Hauteur de selle 820/800 mm
Essence 17,5 litres
 
Coloris bleu/blanc, gris/noir
 
6490 euros ( garantie 3 ans)