Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

3600 kilomètres avec la Rieju Aventura 500

 

 

 

Tous les ans, la revue Trail Adventure choisit une moto destinée à un essai longue durée. Elle passe entre les mains des personnes officiant au journal pendant de nombreux mois et, en fin d'année, cela fait l'objet d'un dossier spécial. Fidèle lecteur de cette revue qui ne pouvait que m'intéresser en ma qualité d'adepte des trails depuis 1990, j'ai pu apprécier la lecture de ces essais longue durée (Honda Africa Twin 1000, CF Moto 800 MT, Suzuki V-Strom 800....) car je sais d'expérience que rien ne vaut une relation durable avec une moto pour qu'elle dévoile ses qualités et défauts.

Or, depuis bientôt quatre ans, j'effectue quelques piges pour cette revue en m'occupant de la rubrique Flash Back concernant les vieux trails.

En 2024, le choix s'est porté sur une nouvelle venue, la Rieju 500 Aventura (11 000 kilomètres parcourus). Je dois reconnaître que je n'ai alors eu de cesse de convaincre Patrick Boisvert, le rédacteur en chef, de me laisser la machine quelques jours. J'aime les motos de moyenne cylindrée et cette Rieju que j'avais découverte au salon EICMA 2022 titillait mon esprit. J'avais très envie de savoir si, derrière cette séduisante esthétique, la moto montrait de réelles qualités. Et je voulais également vérifier si le moteur Loncin qui l'équipait, copie du bicylindre de ma Honda CB 500 X personnelle, se révélait à la hauteur.

C'est ainsi que, pour une fois, je parcours en train les 800 kilomètres me séparant de Paris afin de récupérer cette Rieju Aventura 500. 

Le départ se fait malheureusement sous une pluie fine mais il en faut plus pour me décourager d'autant que la moto est à moi pour deux semaines.

Avant de démarrer, je m'attarde sur ce qui fait la spécificité de cette Aventura 500, la présence de deux réservoirs pour une capacité globale de 40 litres ! Outre le bidon à sa place habituelle, un deuxième élément est situé sous la selle, très bien intégré au demeurant. Ce faisant, le constructeur annonce la couleur, la moto est destinée aux longs parcours et elle pourra s'aventurer dans des pays où les pompes à essence se font rares. On peut aussi penser que c'est un bon moyen de se démarquer de la concurrence et d'attirer l'attention sur un constructeur peu connu dans le milieu motard.

Continuons l'examen de la machine. Elle présente bien, avec un équipement fourni : pare-mains avec renfort, sabot de protection en alu, crash-bars, porte-bagages, béquille centrale, jantes à rayons tubeless, repose-pieds pivotants. En outre, la qualité de fabrication est réelle et laisse augurer un bon vieillissement.

 

 

 

 

 

 

 

Il ne faudra pas compter sur moi pour donner mes impressions de conduite dans le cadre d'une utilisation autoroutière. Moto et autoroute sont antinomiques ; la moto est un espace de liberté, l'autoroute est pour moi une prison avec, comme cette dernière, un portail d'entrée via la barrière de péage au-delà de laquelle on est soumis à des règles intangibles : demi-tour interdit, pas de halte en dehors des endroits qui lui sont dédiés … et aucun virage !

Le démarrage du moteur est un bon début vu la sonorité feutrée qui se dégage du pot d'échappement. Cela tombe bien, j'aime les motos discrètes.

 

 

Je m'installe. Effectivement, la hauteur de selle est supérieure à celle de ma CB 500 X et il ne faudra pas mesurer beaucoup moins que mes 1,74 m pour se sentir à l'aise.

C'est parti sous la pluie dans la circulation de la banlieue parisienne. Autant dire que je prends mes marques en douceur d'autant que la marque des pneus totalement inconnue m'incite à une certaine prudence.

Je me sens bien installé dessus, avec des jambes détendues et un pare-brise protecteur. Les commandes sont douces (poignée de gaz, levier d'embrayage, commodos) Je me laisse porter à 95 km/h à 4500 tours/minute.

 

 

 

Je parcours ainsi 125 kilomètres pour tenter d'échapper à la pluie. J'aime le bruit feutré du moteur et ses vibrations contenues. A deux reprises, j'accélère jusqu'à 120 km/h pour un dépassement ; c'est moins vif que sur ma moto personnelle. La boîte est aussi moins précise, avec plus de course du sélecteur, rien à voir avec celle de la Honda alliant douceur, rapidité et précision. Avec la Rieju, il faut plus « s'en occuper ».

Patrick m'a donné la moto avec les deux réservoirs pleins et je sens le poids présent mais j'attends l'arrivée des virages pour juger des qualités de la moto. Dans un rond-point, j'ai une petite amorce de glissade de l'avant. Due aux pneus ? Au revêtement ?

Le tableau de bord vertical est pile dans l'axe du regard et il s'avère lisible. Le compte-tours a la bonne idée de reproduire la bonne vieille aiguille à laquelle je suis tant attaché.

Petite halte sandwich à Salbris. Je détaille la moto qui dégage une belle impression. Je la trouve très esthétique, pas étonnant tant elle s'est très largement inspirée de l'Africa Twin qui est pour moi le plus beau trail du marché. Son généreux équipement la valorise et je me suis surpris à nous regarder passer devant les vitrines pour juger de son effet. Résultat : elle en jette !

 

 

Dommage qu'à l'utilisation elle soit perfectible dans des domaines importants pour moi. Ainsi, quand on roule à bas régime (style traversée d'une ville), il y a ce léger mais systématique à-coup à la coupure et à la remise des gaz. La boîte elle-même manque de réactivité et de douceur et cela donne une certaine approximation. Sinon, la moto accepte de rester sur le dernier rapport à 55 km/h permettant la traversée des villages sans avoir à rétrograder.

Les kilomètres défilent et la selle se révèle toujours douce au fessier.

A noter des demi-tours aisés avec un très bon rayon de braquage.

Après La Châtre, je trouve enfin mes premières courbes. Il était temps ! La moto y est stable, sécurisante et la lourdeur de la machine ne s'y fait pas trop sentir.

 

 

Entrée dans la Creuse après 320 kilomètres parcourus. La bonne vitesse de croisière se situe entre 95 et 110 km/h et j'apprécie ce moteur discret et sans vibrations intempestives.

 

 

J'ai développé une faculté d'adaptation au guidon des nouvelles machines que j'ai le loisir d'essayer, aidé en cela par ma pratique permanente et intensive du deux roues avec plus d'un million de kilomètres parcourus. Imperceptiblement, j'ai légèrement retenu le relâcher de la poignée de gaz pour limiter le petit à-coup généré. Ce n'est pas possible tout le temps mais ma main droite a intégré ce geste. Du coté gauche, mes doigts retiennent, accompagnent le levier d'embrayage pour fluidifier le passage des rapports moins rapides et transparents que sur ma moto personnelle.

Bien que muni de bouchons d'oreilles, j'ai noté un bruit d'admission remontant de l'avant du réservoir un peu trop fort pour moi quand j'accélère énergiquement.

Quant aux pneus, je les ai sollicités progressivement tant ils ne m'inspiraient qu'une confiance relative. J'ai l'impression qu'il faut les mettre en température, en contrainte pour qu'ils donnent le meilleur. Malgré tout, j'ai réussi à me lâcher quand j'ai enfin trouvé de nombreux virages en m'approchant du plateau des Millevaches, malgré une petite perte de l'avant une nouvelle fois. Pas le genre de réaction pour mettre en confiance !

 

 

 

 

A partir de là, ce fut un véritable plaisir de parcourir les routes sinueuses de Corrèze et de Dordogne. Preuve du confort de la moto, c'est au cours des deux dernières heures de l'étape que j'ai imprimé le rythme le plus soutenu pour conclure ces 650 kilomètres et 12 heures. C'est un signe qui ne trompe pas. Cette Rieju 500 Aventura est une grande routière nonobstant sa faible cylindrée. Position détendue avec des jambes peu pliées, selle confortable, protection efficace avec un pare-brise permettant de rouler visière ouverte (agréable en plein été), suspensions efficaces (cela devient assez rare de se dire qu'il n'y aura peut-être pas besoin de mettre de l'adaptable plus tard…).

 

 

 

Au fil des longues heures de route, je m'y suis attaché, à cette moto, malgré ses défauts un peu agaçants pour quelqu'un comme moi qui aime quand tout coule, avec fluidité. Cette boîte moyenne, ce léger à-coup surtout sensible à faible régime, cela me gêne un peu. Mais, malgré tout, je me sens bien dessus, avec une moto certes peu puissante et sensiblement moins vive que la mienne mais permettant pourtant d'imprimer un bon rythme. Et bravo aux suspensions quand le revêtement se dégrade.

J'ai eu une surprise avec les deux réservoirs. Après une centaine de kilomètres, je me suis demandé si je pouvais ouvrir le deuxième alors que le premier n'était pas vide. J'ai appuyé sur le bouton mais cela n'avait semble-t-il rien donné. Erreur, la deuxième jauge a commencé à descendre au fil des kilomètres et celle du premier réservoir n'a plus bougé. A quelques kilomètres de l'arrivée, j'ai retrouvé le « plaisir » disparu depuis plusieurs années du moteur qui s'étouffe car il n'est plus alimenté. Et j'ai basculé sur le réservoir de devant. La bouton dédié à cette opération serait plus à sa place sur le coté gauche pour ne pas avoir à quitter la poignée de gaz.

 Le bilan de cette journée est positif. Même si je sais que j'aurais roulé plus vite avec ma moto dans les parties sinueuses, le plaisir fut au rendez-vous.

Parlons du freinage. Le double disque à l'avant est progressif avec une plongée de la fourche. On est bien sur un trail ! Quant à son homologue à l'arrière, je l'ai trouvé un peu absent au départ mais il s'est réveillé après plusieurs sollicitations destinées à le roder et m'a permis de stabiliser la moto dans les entrées de virages se resserrant afin de conserver la corde. Je souhaiterais juste une course moins importante de la pédale de frein, peut-être un simple réglage pourrait y remédier.

 

Deuxième journée repos en Dordogne. Je ne peux m'empêcher d'aller écumer quelques petites routes dont regorge le département et pénètre dans Bergerac, l'occasion de vérifier comment la moto s'en sort dans les ruelles étroites et encombrées ce jour de marché. Malgré son poids, elle y est à l'aise, auto-stable au pas, permettant des demi-tours aisés dans un mouchoir de poche grâce à un bel équilibre de la machine au point que la hauteur de selle n'est pas handicapante. Le bémol, c'est encore et toujours la connexion perfectible poignée de gaz-injection et la boîte perfectible pour une utilisation urbaine.

 

 

 

 

 

Premier plein effectué après 827 kilomètres. Je rajoute 32,8 litres soit une consommation moyenne de 3,97 litres/100.

Plus tard, je trouve une parade pour donner un peu plus de fluidité à cette boîte de vitesses. J'imprime une légère tension sur le sélecteur avec le dessus de ma botte juste avant le changement de rapport. Le résultat est un passage plus franc, plus net de la vitesse supérieure et cela marche aussi en montant les rapports à la volée.

J'ai de nouveau grandement apprécié la stabilité impressionnante de la moto dans les grandes courbes qui génère une belle sérénité.

 

La deuxième étape Dordogne-Pau via quelques chemins détournés me confirme mes premières impressions. Le bicylindre n'est pas un foudre de guerre mais j'aime sa personnalité qui passe par la discrétion sonore de son (beau) pot d'échappement et l'absence de vibrations parasites. Il est linéaire et ce n'est pas un défaut pour moi même si je souhaiterais un peu plus de vigueur à l'instar de ma CB 500 X qui n'est pourtant pas un monstre d'explosivité ! Que les adeptes d'un moteur de caractère passent leur chemin ; ici, pas d'accélération rageuse suivie d'un freinage puissant, on est plus dans une rythmique soutenue correspondant à la philosophie de la moto. Elle me fait penser à la 125 Varadero (version 500 bien sûr!), une moto pas particulièrement à l'aise au démarrage et sur les premiers rapports mais qui s'installe ensuite dans un rythme ma foi fort bien soutenu. Ceux qui comme moi aiment les moteurs onctueux seront satisfaits. Les autres iront voir ailleurs…

 

 

 

 

 

Après ces presque 1200 kilomètres, je peux dire que la mayonnaise a pris. Je me souviens de mon coup de coeur lorsque j'avais vu cette Rieju Aventura lors de sa toute première présentation au salon EICMA de Milan. Son esthétique réussie m'avait séduit et la moto avait montré un équipement fourni et une belle qualité de fabrication. Deux années plus tard, son pouvoir de séduction est toujours là et, habitué à la finition exemplaire des mes Honda successives, je n'ai pourtant pas été déçu par cette hispano-chinoise après un examen approfondi n'ayant pas révélé de faiblesse particulière.

La machine est réussie mais il conviendrait de la peaufiner pour atténuer, voire supprimer les défauts constatés. J'ai eu l'occasion de me mettre au guidon d'une Aventura de 2023 (celle de Didier Barragué, grand voyageur) et son comportement routier avait été loin de m'enthousiasmer avec un train avant lourd et peu précis. Je m'étais demandé si l'amortisseur de direction installé d'origine dont la présence sur une telle moto me paraissait étonnante n'était pas la cause de cette imprécision. Or, sur ce modèle 2024, Rieju l'a supprimé et a fait de même pour le robinet de réservoir qui faisait double emploi avec le bouton dédié au changement de réservoir.

Cela semble signifier que la moto poursuit son évolution et il me paraîtrait opportun de se pencher sur la cartographie de la moto pour que ces légers à-coups disparaissent. De même, une intervention sur le barillet de la boîte de vitesses dans le but de la rendre plus douce et précise irait dans le sens d'un plus grand confort de conduite. En fait, il ne manque pas grand-chose pour hausser le niveau général de la moto et en faire la routière au long cours qu'elle promet avec ses deux réservoirs de 20 litres chacun. Car c'est ainsi que je l'ai ressentie, une moto destinée à « bouffer » du kilomètre.

A son guidon, j'avais des envies de voyage qui me pénétraient, ce qui est bon signe ! Bien sûr, elle ne sera pas la plus agile de sa catégorie mais son gabarit annonçait la couleur. Pour autant, son excellent niveau de confort est un élément à prendre en compte pour celui ou celle qui a des fourmis dans les bottes et rêve de destinations lointaines (Didier m'a confirmé ce confort lors des longues étapes qu'il a effectuées en Afrique, Turquie et Géorgie).

 

 

Mercredi 17 juillet 2024. Exceptionnellement, je prends l'autoroute. Quand on a rendez-vous à 7h30 à Bayonne, il n'y a pas trop le choix pour éviter de partir encore plus tôt ! Cette entrée en matière matinale me permet de tester l'efficacité du phare. Bonne surprise, le code est bon et le plein phare excellent. Cela me change de ma CB 500 X !

Les kilomètres défilent vite, bien protégé derrière le pare-brise. La bonne vitesse de croisière se situe à 120 km/h environ (la vitesse est de 123 km/h pour 6000 tours affichés). De nuit, le fond du tableau de bord passe au noir et je le préfère au blanc mais, à priori, il n'y a pas possibilité d'opter pour cette couleur. Elle arrive automatiquement dès qu'il y a moins de lumière ambiante. Dommage, je souhaiterais l'avoir en permanence car le contraste est meilleur et cela améliore la lisibilité. Juste avant d'arriver à destination, le moteur s'étouffe ; je passe sur le second réservoir d'un simple appui sur la bouton dédié éclairé en bleu. Je viens de parcourir 528 kilomètres et cela correspond donc à une consommation de 3,78 litres/100.

Jean-Luc m'attend avec sa superbe Africa Twin 1100 Adventure Sports et je le suis jusqu'au port de Saint Jean de Luz qui marquera le début de notre traversée des Pyrénées.

 

 

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On attaque ensuite nos premiers cols. Saint Ignace, Oxando puis après Arneguy, Eganzo, Elhursaro. Route étroite, à l'image des single tracks anglais, traversée de sous-bois avec l'herbe au milieu, tout ce que j'aime ! La moto s'y faufile avec aisance.

Je craignais que la Rieju soit plus physique à emmener que ma moto mais, au final, après la première journée montagneuse, je suis agréablement surpris. Elle se manie avec facilité, bien aidée par une position de conduite naturelle et un guidon haut et large permettant un guidage précis. J'ai fait le choix de n'utiliser dorénavant qu'un réservoir car 20 litres sont largement suffisants pour assurer une confortable autonomie ; et j'ai opté pour le réservoir placé sous la selle afin d'abaisser le centre de gravité.

Malgré sa roue de 21 pouces, elle vire court dans les épingles. Autre bonne surprise, les pneus qui m'avaient un peu refroidi avec deux petites pertes de l'avant vers le plateau des Millevaches s'avèrent en fait satisfaisants. Il faut dire qu'un contrôle de leur pression avait expliqué le phénomène : 900 grammes à l'avant et à l'arrière ! Celui  qui l'avait essayée en suivant l'épreuve Paris-Brest par les pistes avait tout simplement oublié de remettre les pneus à bonne pression.

Dans les montées de cols, j'ai haussé le rythme et cela s'est ressenti au niveau de la consommation lors du plein de fin de journée, dans mon département des hautes Pyrénées. 4,59 litres/100.

Jean-Luc a essayé la moto dans les environs de saint Jean Pied de Port. Lui aussi a été séduit par la petite moto espagnole qu'il a trouvé « attachante ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième journée. Tourmalet, Hourquette d'Ancizan, meilleur choix que le col d'Aspin car ignorée par les vacanciers, col d'Azet, col de Peyresourde, col de Menté et ses innombrables épingles à cheveux, col du Portet d'Aspet, nous enchaînons les sommets. J'ai décidé de moins monter en régime et la moto me le rend bien avec un moteur plus rond. Le bicylindre n'apprécie pas les essorages de la poignée de gaz qui ne font que générer de généreux bruits d'admission sans réel résultat. Il est préférable (et plus efficace) d'opter pour une ouverture moins violente de la poignée de gaz afin d'entrer en phase avec la philosophie de la moto, un rythme soutenu mais dénué de toute agressivité.

 

Dans les descentes, nul besoin de puissance et je m'en donne à coeur joie avec une partie cycle excellente et un freinage suffisant. Je m'aide beaucoup du frein arrière qui participe au bon placement de la moto dans les entrées de virages serrés et permet de limiter un peu la plongée de la fourche.

A noter une excellente position debout que je teste de temps en temps pour détendre mon corps. Un argument pour mener la moto en tout-terrain.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma meilleure gestion de la poignée de gaz a un résultat à la fin de la journée puisque le plein effectué à Saint Girons fait état de 3,19 litres/100, une belle performance après six cols franchis et non des moindres (Tourmalet, Menté…).

 La troisième journée de route se fait avec un nouveau compagnon de route, Bruno dont il me tarde de connaître l'avis car je connais son penchant pour un pilotage dynamique (propriétaire d'une MT 09 et d'une KTM 890 Duke pour situer le bonhomme...). Son avis est tranché. OK pour la partie cycle, les suspensions, l'équilibre général de la moto, le fait qu'elle permet de virer très court, sa très bonne position de conduite mais haro sur le moteur anémique qu'il soupçonne de ne pas développer les 48 chevaux annoncés...

 

 

 

 

 

 

 

 

Après une petite halte bienvenue à Collioure (avec quelques tapas reconstituantes…), nous rebroussons chemin pour une nuit dans la petite ville de Quillan.

 

 

Le lendemain, je poursuis seul mon retour à Pau en enquillant onze cols (quand on aime, on ne compte pas!). L'occasion de vérifier si je suis toujours en phase avec cette sympathique moto espagnole. C'est le cas. Je me régale de sa réactivité sur les routes parfois piégeuses rencontrées. Et c'est une fois de plus l'occasion de constater que cette machine interpelle. Sa plastique semble attirer le motard qui est également interrogatif sur cette moto méconnue.

 

 

 Ce sera le cas de ce sympathique motard de la gendarmerie rencontré au sommet du col d'Aspin où un stand de la FFMC est installé et où un café est offert. Il me rattrapera un peu plus tard dans la descente tel l'oiseau sur sa proie, maniant avec dextérité sa RT 1250.

 

 

J'arrive à Pau après 11 heures de route bien sûr un peu fatigué après ces quatre jours intensifs mais sans la moindre amorce de douleur aussi bien au niveau des fesses que des muscles. Cette Rieju possède vraiment un haut niveau de confort. Je le situe même au dessus de ma moto grâce à sa position de conduite idéale, sa protection contre le vent et la belle absorption des chocs par les suspensions à grands débattements même si, sur les cassures nettes, l'amortisseur réagit parfois trop fermement. Ce que j'ai pu constater, c'est que je n'ai pas ressenti la gêne constatée auparavant dans la gestion de l'injection à la coupure et remise des gaz à bas régime. Celle-ci n'est sensible qu'en conduite urbaine sur le filet de gaz. Sur les routes de montagne, c'est imperceptible.

 

532,2 kilomètres parcourus depuis le dernier plein à Elne et 16,29 litres consommés soit 3,06 litres/100 !Serait-ce le résultat d'un rodage soigné ? En tout cas, cela se rapproche des performances de ma moto, excellentes en la matière.

 

Dimanche pluvieux. Chouette, c'est l'occasion de tester les pneus sur le mouillé ! Cinquante kilomètres plus loin, je dois reconnaître qu'ils font bien le boulot et m'ont mis en confiance.

 

 

En fin de journée, j'ai Tarbes-Pau à effectuer. Ce parcours sera un juge de paix. Je le fréquente depuis bientôt trois ans au moins deux fois par semaine. Il n'emprunte que les petites routes, étroites, bosselées, sinueuses, alternant les passages en sous-bois et les dénivelés, les traces d'humidité. 58 kilomètres que je connais par coeur et où je vais utiliser la Rieju comme ma moto personnelle. Mêmes rapports utilisés au mêmes endroits, avec les rétrogradages qui vont bien ajustés de la même manière. Je sais que je vais pouvoir comparer avec exactitude les deux machines.

Au final, je peux dire que la Rieju nécessite de monter un peu plus en régime (500-600 tours/minute environ) pour assurer le même rythme que ma CB 500 X. Sinon, elle fait preuve d'un comportement routier exemplaire (peut-être un peu moins vive dans les mises sur l'angle) et j'aime beaucoup le toucher de route du train avant (cela a du bon les roues de 21 pouces et les fourches à grand débattement) qui m'apporte une grande sérénité lorsque, comme à l'instant, j'opte pour un pilotage dynamique. Quant aux pneus, ils se révèlent en phase avec la partie cycle de la moto.

Est-ce la température beaucoup moins élevée, je ressens un moteur répondant mieux. Il totalise presque 4000 kilomètres. Je veux en avoir le coeur net et je fais ce que je n'aime pas en accélérant fortement à plusieurs reprises sur différents rapports jusqu'à l'approche de la zone rouge située à 8000 tours/minute. Et j'ai le sentiment que les montées en régime sont bien plus vives que celles constatées avant-hier dans l'ambiance surchauffée du Roussillon ou sur les pentes des nombreux cols franchis (51 en tout). Intriguant tout cela… Est-ce dû à l'absence de dénivelé, à la température de l'air moins élevée ? Il faudra que je peaufine mon avis dans les jours suivants.

Autre constat, c'est une boîte de vitesses plus réactive dans son fonctionnement. Le résultat d'un rodage soigné (je suis très respectueux envers la mécanique) ou une amélioration prise dans le maniement du sélecteur ? Un peu des deux peut-être…

 

Ce 23 juillet sera donc l'occasion de vérifier si mes sensations de dimanche correspondent à la réalité. Quoi de mieux pour cela que la montée du col du Soulor par Ferrières, tronçon injustement boudé par la majorité alors qu'il propose tout ce qu'il faut pour distiller du plaisir de pilotage.

Dès la sortie de Pau, j'emprunte les petites routes des coteaux et l'évidence me saute aux yeux. Le moteur est plus rond, plus alerte dans la zone 3-6000 tours/minute. J'ai presque l'impression d'être passé d'un mode « Road » à un mode « Sport ». Etonnant ! Je n'explique ce changement dans le comportement du bicylindre que par le rodage soigné mais rapide sur ces itinéraires montagneux qui lui ont permis de se libérer.

Bien sûr, il n'est pas devenu un monstre de puissance mais il montre une meilleure disponibilité bien agréable qui commence à se rapprocher de celle proposée par ma CB 500 X. C'est donc avec enthousiasme que j'entame la montée du col à la sortie de Ferrières et, malgré la pente, le moteur continue à manifester une belle vigueur. A cela s'ajoute une boîte qui s'est elle aussi progressivement améliorée ; elle verrouille mieux, désormais et participe au grand plaisir qui m'envahit dans cette grimpée matinale.

 

 

Cette amélioration sensible ne manque pas de m'interroger malgré tout. Ce n'est pas la première fois que j'ai pu sentir un moteur se libérer après une période de rodage mais je n'avais jamais constaté un tel degré de progression. Peut-être que le montage serré du moteur en est à l'origine. En tout cas, la surprise est d'autant plus agréable que cela supprime le caractère un peu lymphatique du bicylindre. Pour fêter ce résultat, je n'ai pas d'autre alternative que de rallonger un peu mon étape du jour… Cela donnera plus de 300 kilomètres très instructifs puisque la bonne volonté du moteur se manifeste désormais également dans la zone 6-8000 tours/minute avec une montée en régime plus vive. Il aura donc fallu 4000 kilomètres pour permettre au moteur de la Rieju de montrer toutes ses qualités.

Pour en avoir le coeur net, je me rends dans la concession Voge de Pau car les motos de la marque possèdent le même moteur Loncin que celui de la Rieju. Le concessionnaire me confirme que le bicylindre a besoin d'un kilométrage important pour se libérer (8 à 10 000 kilomètres constatés sur les motos de leurs clients).

 Cette journée m'a permis de constater une nouvelle fois que la moto est comme un poisson dans l'eau sur les itinéraires sinueux avec cette partie cycle rigoureuse mais très facile à mener. Les pneus CST Ambro A4 sont à la hauteur et les petites frayeurs du premier jour avec des pressions très faibles sont définitivement oubliées. Je suis particulièrement sensible à l'excellente position de conduite permettant de guider la machine avec naturel tout en offrant un grand confort dans la durée. Cette moto ne fait que renforcer mon opinion : nul besoin d'une grosse cylindrée pour rouler loin, longtemps et confortablement. Sauf pour les adeptes du duo, une petite 500 assure parfaitement le travail et le pilote au dessus ne s'ennuie pas, bien au contraire !

Je rentre chez moi après cette journée instructive. C'est l'avantage d'une longue liaison avec une moto, la possibilité de peaufiner son avis, positivement ou non.

Justement, parlons des choses qui fâchent, l'arrivée dans la petite cour de la maison et le demi-tour à la main avant de reculer la moto pour la mettre dans le garage révèlent une machine un peu pesante dans cet exercice. Ma moto personnelle est bien plus facile à manier. Pourtant, je ne roule qu'avec le réservoir arrière rempli depuis le début de mes étapes pyrénéennes. C'est avec la hauteur de selle un peu élevée une particularité à prendre en compte pour ceux qui fréquentent souvent la ville.

 

 

 

Puisque je suis à l'arrêt, c'est le moment de me pencher sur le tableau de bord. Sa position verticale dans l'axe des yeux le rend lisible mais je regrette que l'on ne puisse choisir le fond noir permettant un meilleur contraste (je viens de téléphoner à Didier qui a parcouru 34 000 kilomètres avec cette moto depuis le début de l'année en allant au Sénégal puis en Géorgie (!) et il m'a donné la solution ; il suffit de cacher le capteur situé à gauche du tableau de bord. Opération effectuée dans la foulée avec un bout de scotch). La jauge d'essence est peu précise puisque le premier des cinq segments s'éteint aux alentours de 350 kilomètres, les autres disparaissant beaucoup plus rapidement. Enfin, je trouve dommage que les totalisateurs partiels n'aient que trois chiffres et reviennent à 0 au-delà des 999 kilomètres. Pour terminer, je ne serais pas contre un décompte des kilomètres et du litrage, comme sur ma moto, une fois la réserve enclenchée ; cela permet de connaître la quantité d'essence restante.

 

 

 

24 juillet. La moto a droit à son pesage chez le cousin de mon ami Bruno. Résultat avec 3 litres d'essence dans le réservoir (soit en gros 2,5 kilos) : 219 kilos, ce qui fait un poids à sec de 216,5 kilos. Cela confirme la sensation de poids ressentie dans les manœuvres au pas.

 

 

 

 

A noter que l'on peut passer en mode off-road après une double impulsion sur la commande dédiée.

Ce mode ne sert qu'à désactiver l'ABS à l'arrière bien qu'il y ait également un bouton dédié qui permettrait de désactiver l'ABS à l'avant et à l'arrière. Le manuel de l'utilisateur n'apporte aucune précision sur le sujet.

 

Un point important à noter, surtout sur une moto de ce prix, c'est la possibilité de régler la fourche, je l'ai déjà dit, mais aussi l'amortisseur en détente, compression et bien sûr précontrainte du ressort. Avec l'aide de Bruno plus pointu en la matière, l'amortisseur a reçu un petit réglage et il est devenu moins ferme. Cela amortit mieux.

 

 

 

Dernier plein : 17,32 litres pour 528 kilomètres soit 3,28 litres aux 100. Economique la Rieju Aventura 500 en utilisation montagnarde !

 

Conclusion. Cette moto m'avait tapé dans l'oeil lors du salon EICMA de Milan en 2022 et j'avais hâte de voir si son essai serait à la hauteur de mes premières impressions. Les premiers commentaires de la presse spécialisée m'avaient un peu refroidi même si j'ai souvent constaté que je n'ai pas les mêmes attentes que bon nombre de journalistes. Ces nombreuses journées passées en sa compagnie m'ont très vite rassuré. Cette Rieju est parfaitement adaptée à l'usage que j'ai de la pratique motocycliste. Bien sûr, il m'a fallu un peu de temps pour m'adapter à sa boîte de vitesses bien moins douce, précise et rapide que celle de ma moto et à cette injection parfois plus approximative mais je me suis vite attaché à cette monture bien née d'autant que son rodage soigné mais rapide lui a permis de s'améliorer tant au niveau moteur que boîte de vitesses.

Au final, cela donne une machine réussie à la plastique très séduisante (cela change de toutes ces motos chinoises bâties sur le même moule avec ce gros bec de canard et surchargées esthétiquement).

Facile à mener, sécurisante, confortable, économique, bien construite et très bien équipée, elle a contre elle un poids non négligeable et une hauteur de selle assez élevée. Quant aux performances, elles sont largement suffisantes pour moi mais peuvent rebuter ceux qui sont habitués à plus de puissance. De toute façon, cette moto est destinée aux routes secondaires et leurs multiples virages où elle excelle. L'emmener sur l'autoroute est à éviter même si, en se limitant à 6000 tours/minute et 123 km/h, on pourra malgré tout abattre du kilomètre sans faire forcer le moteur (et augmenter la consommation).

Pour conclure, je peux dire que ces 3600 kilomètres en sa compagnie furent très agréables à vivre. Il faut dire que, outre une moto réussie, j'avais opté pour un itinéraire de rêve !

 

26 juillet. Les quelques kilomètres effectués dans les alentours de Dax en duo ont montré une chose : la Rieju n'est pas dans son élément en utilisation urbaine. Ce n'est pas tant le poids et le gabarit qui en sont la cause car la moto est très bien équilibrée mais cette connexion perfectible poignée de gaz-moteur. Cela oblige à se concentrer, à jouer de l'embrayage pour tenter de garder de la fluidité. Non, cette moto est fait pour les grands espaces, et ses deux réservoirs symbolisent parfaitement cela ; elle aime rouler loin et longtemps et c'est dans ces conditions qu'elle peut faire étalage de ses qualités de confort et d'économie avec sa faible consommation, tout en faisant profiter son pilote de son châssis rigoureux.

Ce même jours, j'ai retrouvé ma fidèle monture et il fut instructif de parcourir une centaine de kilomètres à son guidon peu après avoir quitté celui de la Rieju Aventura 500. Cela m'a confirmé que l'ensemble moteur-boîte de la Honda est supérieur, avec une vivacité du bicylindre dès les bas régimes, une meilleure souplesse (aux alentours des 2000 tours/minute) et un sélecteur qui se manie sans y penser tant il est doux, précis et permet des changements de rapports très rapides. Sans oublier l'absence du léger à-coup à bas régime au relâcher et à la remise des gaz qui me gêne sur la Rieju en utilisation urbaine.

 

Bref, il conviendrait que Rieju se penche sur ces petits défauts pour améliorer son modèle. Car la base est très bonne, j'ai pu m'en rendre compte au cours de ces deux semaines.

 

PS: l'usine n'est pas restée les bras croisées en ayant conscience des améliorations à apporter à sa première "grosse" cylindrée (Rieju est n°1 dans la catégorie des 50 cm3 à boîte).

Un modèle revisité devrait faire prochainement son apparition (moteur de 580 cm3, connexion poignée de gaz-injection revue,suspensions KYB, tableau de bord améliorée sur deux niveaux). Cela démontre que le constructeur espagnol a l'intention de s'installer durablement dans cette catégorie de motos. J'ai d'ailleurs pu m'en rendre compte lors de ma visite du salon EICMA en novembre de l'an dernier avec trois nouvelles machines présentes sur le stand du constructeur.

 

 

 

Caractéristiques techniques

 

 

Moteur

 

           Bicylindre en ligne 4 temps 471 cm3
Alésage et Course 67 x 68,8 mm
Boîte de vitesses 6 rapports
Démarreur électrique
Refroidissement liquide

 

Partie Cycle
Châssis Poutre périmétrique double en acier à haute résistance
Bras Oscillant Aluminium
Suspension Avant Fourche inversée réglable en compression et détente sans outils
Débattement 190mm
Suspension Arrière Mono-amortisseur central progressif et réglable avec Links
Débattement 190mm
Guidon Diamètre variable, 28 mm.
Repose-pieds Repose-pieds pivotants
Roues
Pneu avant. 90/90-21" Trail
Pneu arrière. 150/70-18" Trail
Jantes Tubeless à rayons
Freins
Frein Avant Double disque flottant Ø298 mm
Frein Arrière Disque flottant Ø240 mm
            Système ABS Avant et Arrière
Dimensions
Empattement 1440mm.
Longueur 2200mm.
Hauteur 1370mm.
Largeur 860mm.
Hauteur de Selle 840mm.
Poids  190 kg.
Réservoir d'essence Double réservoir sélectionnable, 20l. + 20l. (autonomie totale 40l. / 1.000km)

 

Prix: 6499 euros